Les origines de la guerre en RDC dans la région du Kivu

Par Konex

Résumé des origines de la guerre en RDC dans la région du KIvu
(première partie)
Introduction

La situation actuelle en RDC, dans la région du Kivu, découle de plusieurs conflits qui ont eu lieu depuis une vingtaine d’années dans la région des grands lacs africains. Ces multiples conflits sont liés les uns aux autres. De nouveaux seigneurs de la guerre prennent la relève de ceux qui accèdent au pouvoir. Cette courte présentation tente de résumer une situation très complexe. Ce que nous désirons souligner est que ces conflits ont engendré une culture de la guerre. Cette culture est un frein au développement démocratique et économique de cette région pourvue d’immenses richesses naturelles et humaines. La désorganisation et la multiplication des conflits engendrent malheur et pauvreté. 

L’émergence  : les rebelles contre le dictateur, Ouganda, 1986.                  

Museveni le rebelle des années 1970 devient le président de l'Ouganda en 1986

Museveni le rebelle des années 1970 devient le président de l

 

                 Yoweri Museveni, ougandais d’origine, recrute et organise une force armée de 6000 hommes aux frontières de la Tanzanie, du Rwanda et de l’Ouganda. En 1986, la guérilla de Musevini, au tiers composée de Tutsis ougandais ou de Tutsis exilés du Rwanda, compose l’élite de la force qui renverse le président élu Obote. Parmi ces militaires d’origine rwandaise, plusieurs occuperont par la suite de hautes fonctions dans la nouvelle armée ougandaise. Paul Kagame est chef de la Sécurité. Museveni devient président de l’Ouganda et son officier de confiance Paul Kagamé participe à la fondation du FPR pour ensuite attaquer le Rwanda.

L’Offensive du FPR sur le Rwanda  de 1990 à 1993. 

En 1990, le FPR lance une offensive sur le Rwanda avec à sa tête Paul Kagamé. La force rebelle regroupe des Hutus et des Tutsis, elle se bat contre le régime du parti unique du président du Rwanda Juvénal

Le rebelle Kagamé de 1990 deviendra président du Rwanda en 1996

Le rebelle Kagamé de 1990 deviendra président du Rwanda

 Habyarimana. En 1990, les distinctions ethniques ne sont pas un enjeu dans la région.  Kagamé intègre des hutus dans sa force combattante de la même manière que des Tutsis servent dans l’armée gouvernementale du Rwanda. Cependant, les combats entre l’armée rwandaise et les rebelles ougandais du FPR, et le climat d’insécurité qui en découle, font renaître les tensions ethniques au sein des forces combattantes et de la population civile.
Néanmoins, suite à des pourparlés, les Hutus de l’opposition et les Tutsis conviennent qu’ils luttent contre le régime à parti unique du président Habyarimana et souhaitent une pluralité de la représentation démocratique.  En 1993, le président rwandais signe les accords d’Arusha et consent au multipartisme au Rwanda. Les nouveaux accords permettent des élections libres. C’est la fin politique de la dictature au Rwanda et du même coup, le FPR a gagné au point de vue politique. Les concessions de Habyarimana permettent au FPR d’intégrer le Rwanda.
La tengente ethnique de 1993. La Bombe du Burundi
Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement est assassiné 4 mois après son assermentation

Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement est assassiné 4 mois après son assermentation

Le 1er juin 1993, Melchior Ndadaye, un Hutu, remporte, dès le premier tour, la première élection présidentielle au suffrage universel de l’histoire du Burundi, en ayant obtenu 64,79 % des suffrages. Le Burundi est un pays composé aux proportions ethniques similaires à celles du Rwanda, 90 % Hutus, 10 % Tutsis. Le premier président hutu élu démocratiquement ne fait pas 4 mois. Melchior Ndadaye est assassiné et de nombreuses personnalités politiques hutues perdent la vie au cours d’un coup d’État sanglant dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993. Ce coup de force va déchaîner des violences inter-ethniques dans tout le Burundi, déclenchant une guerre civile, qui fera, selon les estimations, entre 50.000 (chiffre avancé par la Commission internationale d’enquête des ONG) et 100.000 morts.  Ces 50 000 à 100 000  victimes au Burundi passent inaperçues pour ce qui est de la communauté internationale mais ils influencent la construction de la politique intérieure du Rwanda. Les Tutsis du Burundi dominent la sphère publique et l’armée et se livrent impunément à la répression des hutus.

La préparation du génocide au Rwanda.

En 1993, les Hutus et Tutsis croyaient à la naissance de la démocratie en leur pays. Cependant, le coup d’état d’octobre 1993 contre le premier président Hutu du Burundi laisse un goût amer dans la bouche des Hutus dans l’ensemble de la région des Grands Lacs. C’est l’étincelle qui allume le feu des haines ethniques. Les Hutus rwandais appréhendent une dictature des Tutsis qui contrôlent déjà l’Ouganda au nord, et le Burundi au sud. Le coup d’état sanglant du Burundi révèle la fragilité du processus démocratique car la

Carte de la région des Grands Lacs - Afrique

Carte de la région des Grands Lacs - Afrique

 communauté internationale ne réagit nullement à la situation au Burundi et aux milliers de morts. Le Hutu power devient convaincu que la région est oubliée par la communauté internationale. Il y a mise en place d’un plan pour exterminer la menace Tutsi et les opposants du régime Habyarimana.  

Le 6 avril 1994, le président du Rwanda et le nouveau président hutu du Burundi, élu démocratiquement, perdent la vie lorsque leur avion est abattu par des membres du FPR. C’est le début du génocide. 

 

Ces événements et les forces en présence vont par la suite déstabiliser le Congo (RDC).  Cet article sera publié bientôt.

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Konex

 

 

La suite à suivre bientôt

Est-ce que le prochain président des États-Unis devrait utiliser un ordinateur ?

Cette question fait suite à un article de Lee Gomes publié dans le Wall Street Journal.

Barack Obama et John McCain sont en lice pour devenir le futur président des États-Unis. Ces candidats à la fonction présidentielle portent déjà un lourd poids médiatique. Obama et McCain représentent le futur pour la population des États-Unis et pour une part de la planète, victime des politiques du géant américain.

La fonction présidentielle aux États-Unis est d’une telle importance qu’elle revêt presque un caractère symbolique. Dans cette perpective, il est d’à propos de soulever une étrange question.

Est-ce que le futur président des États-Unis doit être un utilisateur d’un ordinateur personnel ?

Cette question soulève des interrogations sur les plans de la sécurité, de l’accès à l’information, de la promotion des produits et des effets politiques d’une “fuite informatique”.

Imaginez, vous tombez sur la “play list” de Barack Obama. La diffusion de cette liste peut éventuellement influencer la gouvernance des affaires étrangères car, cela est de la fiction, le président Obama possède le dernier album de Carla Bruni, quelques chansons de Félix Leclerc et de Zachary Richard.

En peu de temps, le conglomérat des médias républicains est en mesure de soulever une vague, un spinning médiatique comparable à l’affaire Clinton-Lewinsky.

Imaginez John McCain se taper une partie de SpaceInvader (version arcade) sur son portable pour se relaxer quelques minutes avant une rencontre internationale sur le Moyen-Orient. Imaginez comment ce geste pourrait être perçu et interprété par les média islamiques ?

La technologie informatique modifie notre rapport au monde. Posséder un ordinateur c’est comme consigner une part de l’intimité. C’est comme écrire un livre.

Les chefs d’état publient peu de livre car l’impact est immédiatement politique. Alors, quant est-il d’un ordinateur personnel dans les mains d’un président américain ?

La question ne se posait pas avec Georges Bush qui mélangeait ENTER et ESCAPE. Clinton a gouverné avec des PII et on se demandait si la technologie supporterait le passage de l’an 2000.

Les technologies ont cependant considérablement évoluées au cours de la dernière décennie. Est-ce que le prochain président des États-Unis peut se permettre de posséder un portable ?

Je pousserais la réflexion un peu plus loin. Est-ce que dans un futur rapproché, un candidat à la présidence ne sera pas soumis aux banques de données accumulées par les moteurs de recherche Google et cie.

L’informatique deviendra-t-elle politique ? Quel est votre avis ? Votre vision du futur.

Le Vénézuela devient comme Cuba lors de la guerre froide

Par Konex

Bombardier Tupolev 160 de l'aviation russe

Bombardier Tupolev 160 de l

Le 10 septembre 2008, le Vénézuela a accueilli sur son territoire un bombardier stratégique russe dans le cadre d’un pacte d’amitié entre les deux nations. Hugo Chavez, président du Vénézuela, a invité les pilotes russes a demeurer en son pays aussi longtemps qu’ils le désiraient. Les russes ont reçu d’une manière très favorable cette invitation.

Le Tupolev 160 est un bombardier moderne à long rayon d’action qui est considéré comme une arme stratégique. Depuis quelques années, le Vénézuela investit des milliards de dollars en armement en provenance de la Russie. Le président Hugo Chavez veux créer une zone de protection dans les Caraibes, à la limite de la zone d’influence légale des États-Unis.
Zone d'exercice de la marine russe en novembre 2008

Zone d

Du 10 au 14 novembre 2008, un groupe de navires de guerre russes participera à un exercice commun avec les forces militaires du Vénézuela dans les eaux internationales des Caraibes. Depuis la fin de la guerre froide, il y a 20 ans, c’est le premier déploiement de forces russes significatives si près de la frontière étatsunienne. 
Les États-Unis ont tenté de diaboliser par les médias Hugo Chavez qui refuse d’acheter de l’équipement militaire américain à des coût excessifs. Le président Chavez a été élu d’une façon démocratique et transparente par la population du Vénézuela. Le Vénézuela utilise l’argent du pétrole,  qu’il vend aux États-Unis, pour nourrir sa population et créer une zone d’influence “sans les États-Unis”. 
Tandis que Castro se meurt, Chavez et le Vénézuela lancent un défi aux États-Unis. Le président du Vénézuela reçoit le soutien de l’Iran, de la Russie et de la Chine. L’élection démocratique de Chavez, reconnue par l’ONU et les États-Américains, donne une dimension au président Chavez que ne possédait pas Castro.
Au mois de novembre qui arrive, alors que le monde plonge dans une récession économique, il va se jouer dans la mer des Caraibes un jeu d’échec qui risque de modifier le nouvel ordre mondial. 

Les dérives publicitaires de RDI

Les dérives publicitaires de RDI

Depuis quelques années je cherche à m’informer et à me diverttir sans subir la publicité. Ma motivation est d’être un citoyen informé, libre de jugement, afin de me former une opinion. Ma recherche d’information se confronte à un mur médiatique qui a été construit autour de moi.

Regardez et savourez les dérives publicitaires de Radio-Canada et de sa chaine RDI. 

Je vous propose une expérience. Regarder pendant une quinzaine de minute la télévison de RDI sur Internet et comptez le nombre de publicité.

 

RDI Réseau Des Informations de Radio-Canada

Ensuite regardé pendant une quinzaine de minutes le réseau de France 24. Cliquez sur “LA chaine en direct” situé au centre de la page.  Comptez le nombre de publicité.

http://www.france24.com/fr/monde

Quelles sont vos conclusions ?

par Konex

J’avais recours à l’information de la radio de Radio-Canada et en ce sens j’étais comblé. Mais nous vivons dans une société d’image et je voulais participer par le média télévisuel sur internet. Alors, j’ai tenté de me brancher sur RDI, la chaine d’information en continue de Radio-Canada.

Entre temps, je me suis amusé à parcourir les médias sur internet et j’ai trouvé des sources d’information très intéressantes. Ces sources étaient pour la plus part sans publicité où avec des contaminations peu perceptibles. 

Par comparaison, j’ai constaté que la société canadienne d’information publique  Radio-Canada et sa chaine  24 h RDI diffusent le conditionnement publicitaire et une information limitée  à la population canadienne.

Dans une perpective globale,  les médias occidentaux sont des instruments de propagante et de diffusion cherchant la consommation. La publicité y est omniprésente.  Conséquemment, la chaîne publique de la télévision d’état est devenue un diffuseur de publicité. La société nationale d’information publique finance par la pub la survie de l’information d’état. 

Les conséquences sont désatreuses.  L’information publique devient de plus en plus calquée sur les réseaux privés.Je vous rappelle que le groupe Québécor  contrôle les médias dans la partie francophone du Canada et que le congloméra y instaure une vision du monde. C’est une dictature médiatique qui s’installe au Québec.

Il en résulte que la chaine publique , syndiquée et très administrative,  copie et intègre des procédés et des valeurs propres aux chaines privées.  Le résultat est que Radio-Canada est devenu un monstre budgétaire qui délaisse l’information publique pour le divertissement afin de rentabiliser ses opérations. 

Regardez et savourez les dérives de Radio-Canada et de sa chaine RDI. 

Je vous propose une expérience. Regarder pendant une quinzaine de minute la télévison de RDI sur Internet.

RDI Réseau Des Informations de Radio-Canada

Ensuite regardé pendant une quinzaine de minutes le réseau de France 24. Cliquez sur “LA chaine en direct” situé au centre de la page.

http://www.france24.com/fr/monde

Quelles sont vos conclusions ?

Pour ma part, je trouve Radio-Canada hors jeu au plan  technique et au plande l’ information. La situation est lamentable. 

La France s’est reprises en main en lançant la chaine France 24 et devient un leader mondial de l’information.  J’aimerais bien que le Canada réagisse de la même façon.

Susan Boyle représente-t-elle un changement dans nos valeurs.

Je suis ému par la performance de Susan Boyle. Sa voix est magnifique et elle représente un personnage authentique, reflet d’une vie ordinaire. Elle cache un immense talent, un don, une voix extraordinaire qui chante le mouvement profond de la mutation de nos sociétés.

Depuis des décennies, les médias ont construit des modèles quelque peu artificiels de l’artiste. Ces modèles ont créé une industrie de la consommation et de la transformation personnelle. Susan Boyle ne participe pas à cette voie qu’on lui impose. Elle se contente de vivre sa petite vie.

L’approche mercantile de l’idéologie du capitalisme a fortement influencé le développement de l’art, de la chanson et du statut d’artiste. L’industrie des arts crée des critères de beauté et d’esthétisme très éloignés de la condition humaine ordinaire. Susan Boyle représente une femme très ordinaire. Elle représente ce que la femme ne veut pas être car les médias nous ont dicté ce qu’était la beauté.

L’industrie des arts exige des facteurs de changement pour celles qui désirent exprimer leur art. Les artistes ont besoin de coiffeuse, esthéticienne, entraîneur, guru, mode, architecture, réseautage et de réseau de diffusion. Susan Boyle n’a rien de tout cela mais elle sait nous charmer par sa voix.

En fait, je pose une question : Susan Boyle est-elle si laide. Ne reflète-t-elle pas une certaine beauté ? Une beauté telle que les peintres romantiques la dessinait au 19e siècle.

Les starlettes modernes ne portent-t-elles des masques, adoptent des attitudes pour être des ouvrières de la chanson en échange du salaire d’une gloire médiatique. Susan Boyle offre sa voix et nous montre que l’on peut rêver tout en demeurant soi-même.

Il y a environ 4 ans, une jeune femme du Québec ressamblant quelque peu à Susan Boyle  a participé à un concours similaire et elle a gagné malgré tout. Cependant, d’énormes efforts ont été fait pour travailler le look de Marie Hélène Thibert, sa voix singulière est tranquilement tombée dans l’oubli.  Elle a intégré malheureusement l’autobus du showbusiness.

Certes, le système artistique va tenter de  modifier l’authenticité  de Susan Boyle afin d’en faire un produit industriel de l’art. Cependant, de plus en plus l’art reprend sa place dans le quotidien et l’âge mature de la chanteuse lui permettera peut-être de résister.

L’art de la chanson est fait pour les gens ordinaire et par les gens ordinaire et il procure  à tous un moment extraordinaire. C’est l’art qui est extraordinaire, non ceux qui le produise.

Toujours des combats au Kivu

Kivu : les combats se poursuivent dans l’indifférence

Par Konex

Le 8 avril, la ville d’Uvira a été attaquée dans la matinée par des assaillants qui seraient venus du Burundi voisin. La cible de cette attaque est un centre de détention. Environ deux cents détenus auraient été libérés. Les combats auraient fait une douzaine de mort, dont une femme civil.

 

Victime de la violence de la guerre

Victime de la violence de la guerre

 

 

 

La ville d’Uvira est la deuxième plus grande ville de la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Les assaillants, qualifiés d’anciens Hutus génocidaires, seraient des membres de groupes armés violents qui utilisent les armes pour survivre dans cette région et tenter de reprendre un pouvoir et de répandre leur idéologie génocidaire.

De plus à Pinga au Nord du Kivu, ancienne place forte du commerce de minerais, la population demande également le renforcement des positions congolaises. Le soir, la majorité des villageois se réfugient devant la base de la MONUC afin d’y trouver une protection. La rumeur veut qu’une force de 1000 anciens hutus rwandais tente de reprendre leur position à Pinga et menace les civils.

Dans la région du Kivu, les forces combattantes hutues manquent de vivres et les soldats de l’armée nationale de la RDC n’ont pas été payés depuis trois mois et souffrent de la faim. Entre les combats, les soldats de toute allégeances tournent leurs armes vers les civils pour trouver à manger et ramasser quelques dollars ou objets de quelconque valeur.

Le pouvoir des armes et de l’argent du minerais parle dans cette région. L’absence d’assise politique solide profite aux vendeurs d’armes et à certaines compagnies. Mais les acteurs principaux, celui qui est devant le canon et celui qui est derrière, sont tous des africains.Désolation de la guerre

La solution ne peut que provenir de l’Afrique.

 

Par Konex

La salière de Pemba, récit

La salière de Pemba

Une histoire du Kivu


par

Eric K. Fortin


printemps 2009

 


 

 

 

Première parole de la salière


Je suis une petite salière de terre cuite. Je prends la parole car il faut laisser les salières raconter l’histoire du monde. Je partage votre table à tous les jours. Je ne suis pas une salière commune. Je suis assez volumineuse, je suis composée d’argile et d’ocre d’ébène et d’ocre rouge. J’ai la forme d’une ogive dont l’extrémité a été arrondie. On remarque assez rapidement que je suis un objet artisanal. Les commentaires à mon sujet sont :


- As-tu vu la belle salière

- J’en veux une comme ça…

- D’où elle vient.
- De l’Afrique… hum, je pense… ou de l’Amérique du sud.


En fait, j’ai le don d’attirer les regards sur moi. On me désire, on me prend en amitié car j’apporte un exotisme au repas. Manger à la table du café en ma compagnie c’est comme manger en compagnie de la terre d’Afrique. Tous ces gens qui me prennent entre leurs mains ajoutent un peu de la saveur d’Afrique à la nourriture. Le sel que je délivre sur les repas est atomisé par les molécules africaines.


Ici, on me désire et on m’utilise à tous les jours. Cependant, une tristesse m’habite. J’ai l’impression à l’occasion de délivrer un goût de larmes.


À tous les jours, j’entends les histoires des autres. C’est comme si leur monde était devenu le mien. Je suis la salière qui écoute. Je suis devenu la salière de la table quatre du café-resto. Je ne suis plus qu’une salière de resto, un exotisme d’apparat dans un commerce au service des clients.


En fait, la tristesse de mes larmes salines imbibe le sel. Le sel humide s’agglutine et il ne passe plus à travers les trous.


Une cliente, madame Dona, apprécie habituellement ma compagnie. Aujourd’hui, elle a été plutôt cinglante à mon égard.


-Serveur ! Avez-vous une autre salière.


Fred, le grand serveur, un peu niais mais au sourire charmeur et enjôleur, m’a rapporté à l’arrière. Encore une fois, il devait faire le ménage dans ma cargaison de sel. 


Fred a ouvert mon orifice et nerveusement il a nettoyé mes entrailles. Les amas de sel qui s’échappaient de moi ressemblaient à une histoire qui se répandait sur le comptoir. Je croyais le tout échappé à jamais et perdu pour l’éternité.


Cependant Lisette, une femme d’une quarantaine d’années, maigre, portant bijoux, breloques et foulards d’orient, profita de l’occasion pour se rapprocher de Fred le serveur. Elle se colla tendrement sur ce jeune homme qu’elle estimait avec les plus bas instincts du monde.


- Je sais lire dans le sel, laissa-t-elle glisser médiocrement vers le jeune homme un peu désabusé. 

 

C’est alors qu’elle posa les yeux sur les cristaux éparses sur le comptoir. Elle remarqua une tache de rouge évoquant le sang.  Immédiatement, elle remonta les yeux vers la main du beau Fred et remarqua une légère coulisse. 

 

Le serveur était légèrement coupé à la main. Cependant, Lisette se trouvait prise au piège de lectrice de sort, confronté au sang et à son désir de flirter avec ce jeune homme, que devait-t-elle dire ? Malédiction ou amour, les sortilèges de la salière affirmait-t-elle.

 

Du coup, comme salière, je me sentis exister pour un court instant. Je cessais d’écouter les histoires des autres et je devenais un sujet d’intérêt. Le sel répandu sur le comptoir, la petite trace de sang de Fred, une vieille en manque, il ne me restait plus qu’à prendre la parole. Quelle histoire ?

 

Dès lors, il y avait les 35 000 conversations que j’avais entendu au cours des dernières années  mettant plus de 4000 personnages en scène. Tant d’histoires… Tans de personnages… Tant de lieux évoqués… Tant de thèmes…Je n’avais qu’une seule histoire à écrire… La mienne. Le récit de la salière…

 

Du coup, je sentis un grand vide car j’avais oublié pourquoi j’existais. Je portais le sel en moi, on me secouait et le sel tombait. J’étais une belle salière, sujet d’admiration. Cela me suffisait depuis que j’avais échoué sur cette table, il y a environ dix ans. Je voulais raconter l’histoire qui m’avait fait naître sur la terre d’Afrique et qui m’avait amené jusqu’à ce restaurant de Montréal. 

 

Mais Fred le serveur avait d’autres projets que celui de me laisser  la tribune à mes élans de rhétorique. Il avait décidé de me balancer discrètement dans les ordures. Je devais trouver une solution.

 




 


 

 

 

Origine de la salière


Un homme très pauvre d’un pays d’Afrique prît de la terre argileuse. Il modela mes formes et me fit cuire sur un feu de charbon et de bois. Il sculpta dans une branche le bouchon qui servirait à contenir mon sel.. Aussi, il perça cinq trous à ma tête afin que le sel puisse s’écouler. En fait, ce jour-là, le potier créa sept salières qu’il déposa près de l’emplacement du feu.


Alors que je cuisais sur le feu du soir, le vieil homme fût rejoint par sa femme et ses six enfants. Le vieil homme, comme il le faisait à chaque lune pleine, raconta l’histoire de la fondation du monde des Twa. Tandis que les flammes et la braise durcissaient la terre dont j’étais conçue, le vieil homme par la magie des ancêtres, enferma les paroles fondatrices de la terre africaine dans la poterie qu’il venait de créer.


 

- L’esprit des ancêtres vit maintenant dans ces salières. Demain, Pemba, toi ma plus vieille de mes filles, tu iras au marché de la capitale. En pauvre fille que tu es, tu apporteras ces objets de magie pour les vendre aux umuzungu (hommes blancs). Ils achèteront ces salières et les poseront sur leur table. Le sel qu’ils ajouteront à leur repas sera porté par le souffle des ancêtres de notre terre. Plus ils mangeront, ces Blancs, plus leur ventre sans fond deviendra l’écho de la voix de nos ancêtres qui nourrissent cette terre. C’est ainsi que la voix de la lune a parlé.

 

- Mais père, le marché de la capitale est à deux jours de marche. Je n’ai plus de sandales. Le soir, la faim me réveille. Les haricots ne suffisent plus.

 

- Pemba, toi ma plus belle, mon joyau de lune. Tu es comme l’herbe de la mousson. Tu pousses si vite. Pemba, prends ces salières et vends-les. Au marché de la capitale, tu obtiendras un bon prix. Garde cet argent. Dans la capitale, tu trouveras un chemin qui t’éloignera d’ici.


Moi, la petite salière de terre cuite, tandis que je cuisais sur le feu du potier, je voyais les larmes de la jeune Pemba. Elle implorait son père de la garder encore un peu. Le potier était très maigre et les traits du visage révélaient l’accumulation de difficiles années. Il comptait un peu plus qu’une quarantaine d’année et ressemblait déjà à un vieillard. Comme beaucoup d’africain, il ne connaissait pas l’année exacte de sa naissance.


Autour du feu, le potier pleurait avec sa grande fille. La mère et les autres enfants accompagnaient Pemba et l’encourageaient à suivre son chemin.


Pemba promit de vendre ces salières au marché et de rapporter beaucoup d’argent pour faire vivre sa famille.


Le potier, imploré par les larmes de ses filles, se choqua.


- Nous sommes des Twa. Depuis les origines du monde nous cueillons et chassons pour vivre. Nous forgeons des poteries pour rappeler l’histoire des ancêtres. Nous vivons ainsi depuis que la lune et le soleil ont jeté leur semence sur cette terre. Nous sommes les êtres les plus pauvres de cette planète. Mais nos poteries sont tissées de magie. Chaque poterie que nous cuisons porte en elle l’histoire du monde. Nous fabriquons les pots du bonheur et nous forgeons aussi les pots du malheur. Chacune de nos créations porte en elle le poids du monde. Comme nos poteries, nous avons vécu nos années de bonheur. Alors, nous devons recevoir en toute amitié les jours de malheur qui nous attendent.


Le vieil homme était attristé par les pleurs de sa fille. Il n’avait jamais senti son coeur battre d’une telle façon et il croyait que sa poitrine allait se briser.