Les origines de la guerre en RDC dans la région du Kivu

Par Eric K.  Fortin

Les origines de la guerre en RDC  et du génocide au Rwanda

Introduction

La situation actuelle dans l’est de la République Démocratique du Congo découle de plusieurs conflits qui ont eu lieu depuis une trentaine d’années dans la région des Grands Lacs Africains. Ces multiples conflits sont liés les uns aux autres. De nouveaux seigneurs de la guerre prennent la relève de ceux qui accèdent au pouvoir. Cette courte présentation tente de résumer une situation très complexe. Ce que nous désirons souligner est que ces conflits ont engendré une culture de la guerre. Cette culture est un frein au développement démocratique et économique de cette région pourvue d’immenses richesses naturelles et humaines. La désorganisation et la multiplication des conflits engendrent malheur et pauvreté.

L’émergence  : Museveni, Ouganda 1986

Museveni le rebelle des années 1970 devient le président de l'Ouganda en 1986

En 1980 Yoweri Museveni, fils d’une riche famille propriétaire terrien, perd ses élections à la présidence de l’Ouganda contre le président  Oboté. Par la suite, Museveni recrute et organise une force armée de 6000 hommes. En 1986, la guérilla de Museveni est au tiers composée de Tutsis exilés du Rwanda et ces derniers constituent l’élite de la force qui renversera le président Oboté. Parmi ces militaires d’origine rwandaise, plusieurs occuperont ultérieurement de hautes fonctions dans la nouvelle armée ougandaise et au sein du nouveau régime.  Museveni devient  président de l’Ouganda et demeurera à ce poste jusqu’à nos jours. Paul Kagame, un exilé rwandais,  est nommé chef de la sécurité du pays. La présence de nombreux Banyarwandais (rwandais en exile) au sein du pouvoir militaire ougandais fragilise l’acceptation politique de Museveni auprès de sa population. Les Ougandais subissent en bonne majorité les effets de la pauvreté et n’apprécient guère la présence de milliers de rwandais au sein de l’armée et dans les hautes sphères du pouvoir. Les rwandais, en  majorité des Tutsis, se voient montrer la porte alors que quelques violences ethniques commencent à  diviser l’Ouganda. Museveni d’une main congédie une partie de son armée révolutionnaire et de l’autre lui apporte un certain soutien, loyauté des frères d’armes. Paul Kagamé, exilé depuis son enfance, ne peut s’enraciner en Ouganda. De nouveau sans pays, il participe alors à la fondation du FPR en 1987.

L’offensive du FPR sur le Rwanda de 1990 à 1993

Le 1er d’octobre 1990, le FPR lance une offensive sur le Rwanda. La force rebelle regroupe une majorité de Tutsis et quelques Hutus. Ces exilés rwandais ont une soif de revenir au pays natal et le commandant Fred Rwigema doit contenir ses troupes. Paul Kagamé, alors en formation spéciale aux États-Unis, prend à la hâte la relève du commandant Fred tombé sous les balles dès le premier jour de l’offensive. Le Front Patriotique Rwandais réussit au cours des premières semaines à déstabiliser les villes du nord : Gyseny, Ruhengery et la commune de Byumba. Ils sont toujours loin de Kigali, la capitale, mais ils ont désorganisé le chef-lieu du président Habyarimana.

Quelques semaines plus tard, avec l’aide des militaires français chargés de la protection des occidentaux, les Forces Armées Rwandaises (FAR) contiennent l’avancée des rebelles. Cependant, cette pénétration du FPR engendre des craintes dans la population du nord au Rwanda.

Après quelques mois de conflit, le FPR se trouve en situation militaire défavorable. Le président Habyarimana reçoit le soutient de la France. Il s’en suit une suite de négociations politiques et des infiltrations de part et d’autre. La France a un contact direct avec la présidence du Rwanda et engage ses services spéciaux de renseignement. La base de la CIA en Ouganda devient très active et les Belges ont leurs services de renseignement bien en place.  Les négociants d’armes arrivent en toute clandestinité pour alimenter les forces en présence.

Négociations politiques : les accords d’Arusha

Kagamé devient président du Rwanda en 1996, formé dans des écoles militaire aux États-Unis, il maîtrise l'art de la guerre et des affaires

Au plan politique, Paul KAGAMÉ commandant du FPR  se bat contre le régime du parti unique du président Juvénal Habyarimana. En 1990, les distinctions ethniques ne sont pas un enjeu primordial au Rwanda, l’enjeu est le retour des exilés, les banyarwandais : Tutsis en majorité et Hutus dissidants.

Les Hutus opposés au régime Habyarimana et les Tutsis conviennent qu’ils luttent contre le régime à parti unique du MRND. Ils souhaitent officiellement une pluralité de la représentation démocratique.  La lutte du FPR apparait avant tout comme une quête de la démocratie.

En 1993, le président Habyarimana signe les accords d’Arusha et consent au multipartisme au Rwanda. Les nouveaux accords permettent des élections libres. C’est la fin de la dictature du MRND et du même coup le FPR remporte une victoire politique. Mais en réalité ce sont les pressions internationales et le FMI, qui renégocie la dette du Rwanda, qui contraignent le président Habyarimana à signer les accords de paix, ce qui permet au FPR d’intégrer le Rwanda. Ces accords de paix signés sous la contrainte des bailleurs de fonds ont un goût très amer pour le pouvoir à Kigali.

Radicalisation du pouvoir

Ce que le régime Habyarimana offre d’une main aux exilés porte à conséquence chez plusieurs membres du MRND. Le changement est-il possible ?  Plusieurs acteurs influents du parti se radicalisent face aux concessions faites par le président aux rebelles et ce malgré le fait qu’une bonne part de la société civile rwandaise s’engage dans un réel processus de participation démocratique.

En fait, dès  le début du conflit avec le FPR, la réaction devient très « ethnique » pour plusieurs Hutus au sein de l’organisation gouvernementale. La survivance des plaies de l’époque coloniale qui plaçait les Hutus sous la domination des Tutsis refait surface. Il y a aussi l’espoir du changement politique pour de nombreux rwandais. Le coeur des rwandais balance entre l’espoir  de la liberté démocratique et la survivance de l’assujettissement des hutus.

1992 Planification et organisation du génocide

Les extrémistes profitent du pouvoir pour promouvoir les discours de la peur et crée une image maléfique des Tutsis. Ils organisent des moyens de défense. Le 26 septembre 1991, le commandant  NBABIMANA Déogratias propose au ministre de la défense un plan secret et détaillé pour la mise en place d’une organisation efficace de l’Auto-défense de la population. En 1992, le MRND crée officiellement les milices Interahamwé et le parti se scinde avec la création de la Coalition pour la Défense de la République (CDR), véritable regroupement d’extrémistes. Des membres du CDR créent la Radio-Télévision Libre des Mille collines (RTLM), cette radio privée  « libre » joue sur la satire des Tutsis, elle alimente le feu des préjugés et diffuse de la bonne musique pour la jeunesse. Une véritable propagande  anti-Tutsi se propage dans ce minuscule pays et des organisations planifient leur moyen d’action sur l’ensemble du territoire.

À la fin de l’année 1993, les services de renseignement français, américains et belges connaissent le plan de génocide et le FPR aussi. Les extrémistes du pouvoir jouent la carte de l’extermination des Tutsis de l’intérieur pour se protéger des Tutsis de l’extérieur et aussi contre les Hutus de l’opposition. Le Rwanda et le régime Habyarimana vivent sous l’épée de Damoclès .

1993 L’ONU crée la MINUAR

L’ONU est mise à contribution pour gérer une zone démilitarisée au nord du Rwanda afin de favoriser la mise en place des accords d’Arusha. Aucune puissance  ne veut du mandat jusqu’à ce que le Canada propose sa participation pour commander la mission, sans toutefois y envoyer une force significative.

Le lieutenant-général Roméo Dallaire aspire à une promotion à la hiérarchie supérieure du Canada mais il lui manque une expérience en zone de conflit. Le Rwanda est l’occasion de parfaire son CV militaire. Sans aucune connaissance de l’Afrique et de l’ONU, il s’engage dans la mission.

Au mois d’octobre 1993, la mission déploie 2500 hommes pour assurer la sécurité à Kigali. Peu de temps après son arrivée, le Général Dallaire prend connaissances des menaces de génocide et en informe l’ONU. Cette dernière demeure sourde et aveugle derrière ses processus et le couvert de sa bureaucratie. L’ONU refuse toute intervention ou contrainte pour désamorcer les menaces à l’endroit des Tutsis.

La bombe ethnique du Burundi

 

Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement est assassiné 4 mois après son assermentation

Les craintes des extrémistes hutus du Rwanda ne sont pas qu’imaginaires. Au sud de la frontière, le Burundi est le frère jumeau du Rwanda et il continue à être dominé par la minorité Tutsi et cela d’une manière assez sanglante.

Le 1er juin 1993, le hutu Melchior Ndadaye remporte la première élection présidentielle libre de l’histoire du Burundi. Ce pays est composé aux proportions ethniques similaires à celles du Rwanda : 90 % de Hutus et 10 % de Tutsis. Le premier président hutu  ne fait pas 4 mois. Melchior Ndadaye est assassiné et de nombreuses personnalités politiques hutues perdent la vie au cours d’un coup d’État sanglant dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993. Ce coup de force va déchaîner des violences inter-ethniques dans tout le Burundi, déclenchant une guerre civile qui fera, selon les estimations, entre 50.000 et 100.000 morts.  Ces 50 000 à 100 000  victimes au Burundi passent inaperçues pour ce qui est de la communauté internationale mais elles influencent la construction de la politique intérieure du Rwanda. Les Tutsis du Burundi dominent la sphère publique et l’armée, ils se livrent impunément à la répression des Hutus pour conserver leur privilèges.

Pour les extrémistes hutus qui ont goûté la fièvre du pouvoir, le retour des exilés Tutsis est une menace réelle.  Il est étonnant de constater que la situation du Burundi, pays semblable au Rwanda, est constamment ignorée dans les articles et les études sur le génocide au Rwanda.

Élément déclencheur du génocide

Situation le 06 avril 1994 au matin
Le mandat de la Minuar vient d’être renouvelé jusqu’au 29 juillet 1994. Les accords d’Arusha poursuivent leurs cours et prévoient le départ de la force française. Le FPR et les exilés réintègrent un pays considéré comme l’un des plus pauvre de la planète. Les bailleurs de fonds mettent de la pression sur le régime. Le président Habyarimana n’est plus le leader capable de rassembler et unifier les rwandais autour d’un développement commun. Le CDR et les Interahamwé ont mis en place un plan pour exécuter les Tutsis au Rwanda.  Quelques hommes forts du régime sont prêts à rejeter les accords d’Arusha et à former un nouveau pouvoir. Malgré tout, une bonne part de la population croit à une nouvelle démocratie et au renouvellement du Rwanda.

L’attentat contre l’avion du président du Rwanda

Vers 20h30 le 6 avril 1994, le président Habyarimana et le nouveau président hutu du Burundi perdent la vie lorsque leur avion est abattu par deux missiles sol-air. Peu de temps après, la Garde présidentielle sécurise la zone du crash.  Des coups de feu retentissent dans Kigali. Suivront quelques heures plus tard l’exécution de quelques Hutus modérés et de personnalités Tutsis influentes mais le génocide n’est pas encore mis à exécution.

Qui a abattu l’avion du Président Habyarimana ?

Notre étude nous amène à conclure que les motifs et les moyens techniques impliquent directement la France, François Mitterrand, les services spéciaux français, des agents de sécurité privée (mercenaires) et des membres du CDR (hutu power).  Le suicide-meurtre de François de Grossouvre  dans son bureau à l’Élysée au  lendemain de l’attentat est le point d’interrogation qui confirme notre hypothèse. De Grossouvre était chargé de couvrir  la double vie du président et de sa famille.

François Mitterrand tente un coup audacieux

À cette époque, François Mitterrand préside la France et comprend que les intérêts de la République sont confrontés à ceux des Anglosaxons.  Le FPR est à la main des américains selon le président français. En fait, le continent africain est convoité par les Américains et dès lors la France a le devoir de protéger sa sphère d’influence. Mitterrand n’a pas hésité à ordonner que ses agents spéciaux coulent le Rainbow Warrior de GreenPeace. Il est un président de l’ombre et connait la guerre : il a été blessé au combat contre les troupes allemandes, il a été fait prisonnier, il s’est évadé des camps allemands, à son retour à Paris il a organisé la résistance tout en négociant un double jeu avec les collaborateurs. François Mitterrand est capable de tout, il a été témoin du génocide des juifs et sais très bien que les États peuvent demeurer sourds et aveugles face aux tragédies humaines.

Le président français délaisse la voie officielle  et utilise son réseau d’amitié et la permissivité des services spéciaux français pour soutenir le régime Habyarimana. Dans la totale clandestinité, François Mitterrand consent à abattre l’avion du président et à reconnaître un nouveau gouvernement d’urgence au Rwanda, le seul moyen de maintenir une présence française significative au Rwanda.

C’est alors que les services spéciaux français présentent un mercenaire privé aux putschistes rwandais. Ces dernier engagent le mercenaire pour abattre l’avion et ainsi faire disparaître le président Habyarimana, un coup d’État sans trace…. Il ne leur reste plus qu’à organiser  un gouvernement d’urgence pour contrôler le pays.

Le mercenaire à contrat et (ses équipiers ?) , vers 20h20 le 06 avril 1994,  abat l’avion avec deux missiles  SAM 16. Pendant ce temps, les services d’écoute français font état de l’avancée du FPR au Nord. Il faut bien créer un alibi, une info-intoxication  pour orienter les recherches vers le FPR.  Les putshistes rwandais prennent le contrôle de Kigali pendant la nuit et attendent une reconnaissance internationale.

L’ONU… la réponse…

Dès les premières heures, le colonel Bagasora présente son gouvernement d’urgence au général Dallaire.  Bagosora pose ainsi implicitement un ultimatum à l’ONU et à la communauté internationale : « Vous acceptez notre coup d’État ou bien c’est le génocide ?  »

Le général Dallaire n’a aucune expérience de l’Afrique et de l’ONU. Il a beaucoup de difficulté à communiquer avec son représentant diplomatique Roger Booh-Booh, un camounerais. D’ailleurs, le général canadien respecte difficilement la bureaucratique hiérarchie onusienne et se rapporte de façon verbal à son ami Baril, un canadien,  à l’ONU. Le commandant Dallaire produit peu de rapport écrit de situation et fonctionne essentiellement de façon verbale, ce qui laisse peu d’indice.

Le Général Dallaire outrepasse son mandat de chef militaire pour s’improviser diplomate, il tente un semblant d’autorité avec le Colonel Bagasora et refuse le  gouvernement d’urgence. Dallaire reconnait immédiatement la première-ministre Agathe Uwilingiyimana comme le chef d’État du Rwanda, ce que l’ONU confirme, tout en laissant le chef diplomatique onusien  Booh-Booh sur la touche de côté.

La négation volontaire du génocide par les Américains et l’ONU

Le génocide est une menace planifiée depuis deux ans au Rwanda afin de  garder un certain équilibre des pouvoirs. Cette  menace est immorale et inhumaine mais  les États-Unis n’auront aucune misère à l’ ignorer ainsi que tous les États impliqués. En fait, ce que nous retenons est que le génocide est probable et que  l’éthique et la moral ont un poids nuancé en fonction des intérêts des  États.

Le général Roméo Dallaire  en est à son premier commandement opérationnel en situation de conflit. Dallaire  fait preuve d’une volonté exemplaire, acharnée et dévouée mais ne peut saisir la portée des enjeux diplomatique.

Il est plausible que Mitterrand et ses acolytes s’attendaient à ce que la communauté internationales évite le génocide, le ton marqué de sa voix, en 1994,  lors de la commémoration du 50ième anniversaire du débarquement témoigne  d’un « plus jamais » trahis par ses amis rassemblés sur cette même plage. Tandis qu’ils soulignent les 50 ans de la shoah, se déroule un génocide au Rwanda qui est gardé de le secret des intérêts nationaux.

Le génocide en direct

Les milices Interahamwé exécutent le plan de génocide tandis que les révolutionnaires Tutsis exercent des représailles meurtrières. La population civile est victime des armes et des règlements de compte, ce qui occasionne près de huit cent mille morts et plus de 1 million de déplacés. Une personne sur cinq quitte le Rwanda pour s’exiler dans l’un des pays voisins

LA RDC (à suivre)

Conclusion