Les origines de la guerre en RDC dans la région du Kivu

Par Eric K.  Fortin

Les origines de la guerre en RDC  et du génocide au Rwanda

Introduction

La situation actuelle dans l’est de la République Démocratique du Congo découle de plusieurs conflits qui ont eu lieu depuis une trentaine d’années dans la région des Grands Lacs Africains. Ces multiples conflits sont liés les uns aux autres. De nouveaux seigneurs de la guerre prennent la relève de ceux qui accèdent au pouvoir. Cette courte présentation tente de résumer une situation très complexe. Ce que nous désirons souligner est que ces conflits ont engendré une culture de la guerre. Cette culture est un frein au développement démocratique et économique de cette région pourvue d’immenses richesses naturelles et humaines. La désorganisation et la multiplication des conflits engendrent malheur et pauvreté.

L’émergence  : Museveni, Ouganda 1986

Museveni le rebelle des années 1970 devient le président de l'Ouganda en 1986

En 1980 Yoweri Museveni, fils d’une riche famille propriétaire terrien, perd ses élections à la présidence de l’Ouganda contre le président  Oboté. Par la suite, Museveni recrute et organise une force armée de 6000 hommes. En 1986, la guérilla de Museveni est au tiers composée de Tutsis exilés du Rwanda et ces derniers constituent l’élite de la force qui renversera le président Oboté. Parmi ces militaires d’origine rwandaise, plusieurs occuperont ultérieurement de hautes fonctions dans la nouvelle armée ougandaise et au sein du nouveau régime.  Museveni devient  président de l’Ouganda et demeurera à ce poste jusqu’à nos jours. Paul Kagame, un exilé rwandais,  est nommé chef de la sécurité du pays. La présence de nombreux Banyarwandais (rwandais en exile) au sein du pouvoir militaire ougandais fragilise l’acceptation politique de Museveni auprès de sa population. Les Ougandais subissent en bonne majorité les effets de la pauvreté et n’apprécient guère la présence de milliers de rwandais au sein de l’armée et dans les hautes sphères du pouvoir. Les rwandais, en  majorité des Tutsis, se voient montrer la porte alors que quelques violences ethniques commencent à  diviser l’Ouganda. Museveni d’une main congédie une partie de son armée révolutionnaire et de l’autre lui apporte un certain soutien, loyauté des frères d’armes. Paul Kagamé, exilé depuis son enfance, ne peut s’enraciner en Ouganda. De nouveau sans pays, il participe alors à la fondation du FPR en 1987.

L’offensive du FPR sur le Rwanda de 1990 à 1993

Le 1er d’octobre 1990, le FPR lance une offensive sur le Rwanda. La force rebelle regroupe une majorité de Tutsis et quelques Hutus. Ces exilés rwandais ont une soif de revenir au pays natal et le commandant Fred Rwigema doit contenir ses troupes. Paul Kagamé, alors en formation spéciale aux États-Unis, prend à la hâte la relève du commandant Fred tombé sous les balles dès le premier jour de l’offensive. Le Front Patriotique Rwandais réussit au cours des premières semaines à déstabiliser les villes du nord : Gyseny, Ruhengery et la commune de Byumba. Ils sont toujours loin de Kigali, la capitale, mais ils ont désorganisé le chef-lieu du président Habyarimana.

Quelques semaines plus tard, avec l’aide des militaires français chargés de la protection des occidentaux, les Forces Armées Rwandaises (FAR) contiennent l’avancée des rebelles. Cependant, cette pénétration du FPR engendre des craintes dans la population du nord au Rwanda.

Après quelques mois de conflit, le FPR se trouve en situation militaire défavorable. Le président Habyarimana reçoit le soutient de la France. Il s’en suit une suite de négociations politiques et des infiltrations de part et d’autre. La France a un contact direct avec la présidence du Rwanda et engage ses services spéciaux de renseignement. La base de la CIA en Ouganda devient très active et les Belges ont leurs services de renseignement bien en place.  Les négociants d’armes arrivent en toute clandestinité pour alimenter les forces en présence.

Négociations politiques : les accords d’Arusha

Kagamé devient président du Rwanda en 1996, formé dans des écoles militaire aux États-Unis, il maîtrise l'art de la guerre et des affaires

Au plan politique, Paul KAGAMÉ commandant du FPR  se bat contre le régime du parti unique du président Juvénal Habyarimana. En 1990, les distinctions ethniques ne sont pas un enjeu primordial au Rwanda, l’enjeu est le retour des exilés, les banyarwandais : Tutsis en majorité et Hutus dissidants.

Les Hutus opposés au régime Habyarimana et les Tutsis conviennent qu’ils luttent contre le régime à parti unique du MRND. Ils souhaitent officiellement une pluralité de la représentation démocratique.  La lutte du FPR apparait avant tout comme une quête de la démocratie.

En 1993, le président Habyarimana signe les accords d’Arusha et consent au multipartisme au Rwanda. Les nouveaux accords permettent des élections libres. C’est la fin de la dictature du MRND et du même coup le FPR remporte une victoire politique. Mais en réalité ce sont les pressions internationales et le FMI, qui renégocie la dette du Rwanda, qui contraignent le président Habyarimana à signer les accords de paix, ce qui permet au FPR d’intégrer le Rwanda. Ces accords de paix signés sous la contrainte des bailleurs de fonds ont un goût très amer pour le pouvoir à Kigali.

Radicalisation du pouvoir

Ce que le régime Habyarimana offre d’une main aux exilés porte à conséquence chez plusieurs membres du MRND. Le changement est-il possible ?  Plusieurs acteurs influents du parti se radicalisent face aux concessions faites par le président aux rebelles et ce malgré le fait qu’une bonne part de la société civile rwandaise s’engage dans un réel processus de participation démocratique.

En fait, dès  le début du conflit avec le FPR, la réaction devient très « ethnique » pour plusieurs Hutus au sein de l’organisation gouvernementale. La survivance des plaies de l’époque coloniale qui plaçait les Hutus sous la domination des Tutsis refait surface. Il y a aussi l’espoir du changement politique pour de nombreux rwandais. Le coeur des rwandais balance entre l’espoir  de la liberté démocratique et la survivance de l’assujettissement des hutus.

1992 Planification et organisation du génocide

Les extrémistes profitent du pouvoir pour promouvoir les discours de la peur et crée une image maléfique des Tutsis. Ils organisent des moyens de défense. Le 26 septembre 1991, le commandant  NBABIMANA Déogratias propose au ministre de la défense un plan secret et détaillé pour la mise en place d’une organisation efficace de l’Auto-défense de la population. En 1992, le MRND crée officiellement les milices Interahamwé et le parti se scinde avec la création de la Coalition pour la Défense de la République (CDR), véritable regroupement d’extrémistes. Des membres du CDR créent la Radio-Télévision Libre des Mille collines (RTLM), cette radio privée  « libre » joue sur la satire des Tutsis, elle alimente le feu des préjugés et diffuse de la bonne musique pour la jeunesse. Une véritable propagande  anti-Tutsi se propage dans ce minuscule pays et des organisations planifient leur moyen d’action sur l’ensemble du territoire.

À la fin de l’année 1993, les services de renseignement français, américains et belges connaissent le plan de génocide et le FPR aussi. Les extrémistes du pouvoir jouent la carte de l’extermination des Tutsis de l’intérieur pour se protéger des Tutsis de l’extérieur et aussi contre les Hutus de l’opposition. Le Rwanda et le régime Habyarimana vivent sous l’épée de Damoclès .

1993 L’ONU crée la MINUAR

L’ONU est mise à contribution pour gérer une zone démilitarisée au nord du Rwanda afin de favoriser la mise en place des accords d’Arusha. Aucune puissance  ne veut du mandat jusqu’à ce que le Canada propose sa participation pour commander la mission, sans toutefois y envoyer une force significative.

Le lieutenant-général Roméo Dallaire aspire à une promotion à la hiérarchie supérieure du Canada mais il lui manque une expérience en zone de conflit. Le Rwanda est l’occasion de parfaire son CV militaire. Sans aucune connaissance de l’Afrique et de l’ONU, il s’engage dans la mission.

Au mois d’octobre 1993, la mission déploie 2500 hommes pour assurer la sécurité à Kigali. Peu de temps après son arrivée, le Général Dallaire prend connaissances des menaces de génocide et en informe l’ONU. Cette dernière demeure sourde et aveugle derrière ses processus et le couvert de sa bureaucratie. L’ONU refuse toute intervention ou contrainte pour désamorcer les menaces à l’endroit des Tutsis.

La bombe ethnique du Burundi

 

Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement est assassiné 4 mois après son assermentation

Les craintes des extrémistes hutus du Rwanda ne sont pas qu’imaginaires. Au sud de la frontière, le Burundi est le frère jumeau du Rwanda et il continue à être dominé par la minorité Tutsi et cela d’une manière assez sanglante.

Le 1er juin 1993, le hutu Melchior Ndadaye remporte la première élection présidentielle libre de l’histoire du Burundi. Ce pays est composé aux proportions ethniques similaires à celles du Rwanda : 90 % de Hutus et 10 % de Tutsis. Le premier président hutu  ne fait pas 4 mois. Melchior Ndadaye est assassiné et de nombreuses personnalités politiques hutues perdent la vie au cours d’un coup d’État sanglant dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993. Ce coup de force va déchaîner des violences inter-ethniques dans tout le Burundi, déclenchant une guerre civile qui fera, selon les estimations, entre 50.000 et 100.000 morts.  Ces 50 000 à 100 000  victimes au Burundi passent inaperçues pour ce qui est de la communauté internationale mais elles influencent la construction de la politique intérieure du Rwanda. Les Tutsis du Burundi dominent la sphère publique et l’armée, ils se livrent impunément à la répression des Hutus pour conserver leur privilèges.

Pour les extrémistes hutus qui ont goûté la fièvre du pouvoir, le retour des exilés Tutsis est une menace réelle.  Il est étonnant de constater que la situation du Burundi, pays semblable au Rwanda, est constamment ignorée dans les articles et les études sur le génocide au Rwanda.

Élément déclencheur du génocide

Situation le 06 avril 1994 au matin
Le mandat de la Minuar vient d’être renouvelé jusqu’au 29 juillet 1994. Les accords d’Arusha poursuivent leurs cours et prévoient le départ de la force française. Le FPR et les exilés réintègrent un pays considéré comme l’un des plus pauvre de la planète. Les bailleurs de fonds mettent de la pression sur le régime. Le président Habyarimana n’est plus le leader capable de rassembler et unifier les rwandais autour d’un développement commun. Le CDR et les Interahamwé ont mis en place un plan pour exécuter les Tutsis au Rwanda.  Quelques hommes forts du régime sont prêts à rejeter les accords d’Arusha et à former un nouveau pouvoir. Malgré tout, une bonne part de la population croit à une nouvelle démocratie et au renouvellement du Rwanda.

L’attentat contre l’avion du président du Rwanda

Vers 20h30 le 6 avril 1994, le président Habyarimana et le nouveau président hutu du Burundi perdent la vie lorsque leur avion est abattu par deux missiles sol-air. Peu de temps après, la Garde présidentielle sécurise la zone du crash.  Des coups de feu retentissent dans Kigali. Suivront quelques heures plus tard l’exécution de quelques Hutus modérés et de personnalités Tutsis influentes mais le génocide n’est pas encore mis à exécution.

Qui a abattu l’avion du Président Habyarimana ?

Notre étude nous amène à conclure que les motifs et les moyens techniques impliquent directement la France, François Mitterrand, les services spéciaux français, des agents de sécurité privée (mercenaires) et des membres du CDR (hutu power).  Le suicide-meurtre de François de Grossouvre  dans son bureau à l’Élysée au  lendemain de l’attentat est le point d’interrogation qui confirme notre hypothèse. De Grossouvre était chargé de couvrir  la double vie du président et de sa famille.

François Mitterrand tente un coup audacieux

À cette époque, François Mitterrand préside la France et comprend que les intérêts de la République sont confrontés à ceux des Anglosaxons.  Le FPR est à la main des américains selon le président français. En fait, le continent africain est convoité par les Américains et dès lors la France a le devoir de protéger sa sphère d’influence. Mitterrand n’a pas hésité à ordonner que ses agents spéciaux coulent le Rainbow Warrior de GreenPeace. Il est un président de l’ombre et connait la guerre : il a été blessé au combat contre les troupes allemandes, il a été fait prisonnier, il s’est évadé des camps allemands, à son retour à Paris il a organisé la résistance tout en négociant un double jeu avec les collaborateurs. François Mitterrand est capable de tout, il a été témoin du génocide des juifs et sais très bien que les États peuvent demeurer sourds et aveugles face aux tragédies humaines.

Le président français délaisse la voie officielle  et utilise son réseau d’amitié et la permissivité des services spéciaux français pour soutenir le régime Habyarimana. Dans la totale clandestinité, François Mitterrand consent à abattre l’avion du président et à reconnaître un nouveau gouvernement d’urgence au Rwanda, le seul moyen de maintenir une présence française significative au Rwanda.

C’est alors que les services spéciaux français présentent un mercenaire privé aux putschistes rwandais. Ces dernier engagent le mercenaire pour abattre l’avion et ainsi faire disparaître le président Habyarimana, un coup d’État sans trace…. Il ne leur reste plus qu’à organiser  un gouvernement d’urgence pour contrôler le pays.

Le mercenaire à contrat et (ses équipiers ?) , vers 20h20 le 06 avril 1994,  abat l’avion avec deux missiles  SAM 16. Pendant ce temps, les services d’écoute français font état de l’avancée du FPR au Nord. Il faut bien créer un alibi, une info-intoxication  pour orienter les recherches vers le FPR.  Les putshistes rwandais prennent le contrôle de Kigali pendant la nuit et attendent une reconnaissance internationale.

L’ONU… la réponse…

Dès les premières heures, le colonel Bagasora présente son gouvernement d’urgence au général Dallaire.  Bagosora pose ainsi implicitement un ultimatum à l’ONU et à la communauté internationale : « Vous acceptez notre coup d’État ou bien c’est le génocide ?  »

Le général Dallaire n’a aucune expérience de l’Afrique et de l’ONU. Il a beaucoup de difficulté à communiquer avec son représentant diplomatique Roger Booh-Booh, un camounerais. D’ailleurs, le général canadien respecte difficilement la bureaucratique hiérarchie onusienne et se rapporte de façon verbal à son ami Baril, un canadien,  à l’ONU. Le commandant Dallaire produit peu de rapport écrit de situation et fonctionne essentiellement de façon verbale, ce qui laisse peu d’indice.

Le Général Dallaire outrepasse son mandat de chef militaire pour s’improviser diplomate, il tente un semblant d’autorité avec le Colonel Bagasora et refuse le  gouvernement d’urgence. Dallaire reconnait immédiatement la première-ministre Agathe Uwilingiyimana comme le chef d’État du Rwanda, ce que l’ONU confirme, tout en laissant le chef diplomatique onusien  Booh-Booh sur la touche de côté.

La négation volontaire du génocide par les Américains et l’ONU

Le génocide est une menace planifiée depuis deux ans au Rwanda afin de  garder un certain équilibre des pouvoirs. Cette  menace est immorale et inhumaine mais  les États-Unis n’auront aucune misère à l’ ignorer ainsi que tous les États impliqués. En fait, ce que nous retenons est que le génocide est probable et que  l’éthique et la moral ont un poids nuancé en fonction des intérêts des  États.

Le général Roméo Dallaire  en est à son premier commandement opérationnel en situation de conflit. Dallaire  fait preuve d’une volonté exemplaire, acharnée et dévouée mais ne peut saisir la portée des enjeux diplomatique.

Il est plausible que Mitterrand et ses acolytes s’attendaient à ce que la communauté internationales évite le génocide, le ton marqué de sa voix, en 1994,  lors de la commémoration du 50ième anniversaire du débarquement témoigne  d’un « plus jamais » trahis par ses amis rassemblés sur cette même plage. Tandis qu’ils soulignent les 50 ans de la shoah, se déroule un génocide au Rwanda qui est gardé de le secret des intérêts nationaux.

Le génocide en direct

Les milices Interahamwé exécutent le plan de génocide tandis que les révolutionnaires Tutsis exercent des représailles meurtrières. La population civile est victime des armes et des règlements de compte, ce qui occasionne près de huit cent mille morts et plus de 1 million de déplacés. Une personne sur cinq quitte le Rwanda pour s’exiler dans l’un des pays voisins

LA RDC (à suivre)

Conclusion

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Toujours des combats au Kivu

Kivu : les combats se poursuivent dans l’indifférence

Par Konex

Le 8 avril, la ville d’Uvira a été attaquée dans la matinée par des assaillants qui seraient venus du Burundi voisin. La cible de cette attaque est un centre de détention. Environ deux cents détenus auraient été libérés. Les combats auraient fait une douzaine de mort, dont une femme civil.

Victime de la violence de la guerre

Victime de la violence de la guerre

La ville d’Uvira est la deuxième plus grande ville de la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Les assaillants, qualifiés d’anciens Hutus génocidaires, seraient des membres de groupes armés violents qui utilisent les armes pour survivre dans cette région et tenter de reprendre un pouvoir et de répandre leur idéologie génocidaire.

De plus à Pinga au Nord du Kivu, ancienne place forte du commerce de minerais, la population demande également le renforcement des positions congolaises. Le soir, la majorité des villageois se réfugient devant la base de la MONUC afin d’y trouver une protection. La rumeur veut qu’une force de 1000 anciens hutus rwandais tente de reprendre leur position à Pinga et menace les civils.

Dans la région du Kivu, les forces combattantes hutues manquent de vivres et les soldats de l’armée nationale de la RDC n’ont pas été payés depuis trois mois et souffrent de la faim. Entre les combats, les soldats de toute allégeances tournent leurs armes vers les civils pour trouver à manger et ramasser quelques dollars ou objets de quelconque valeur.

Le pouvoir des armes et de l’argent du minerais parle dans cette région. L’absence d’assise politique solide profite aux vendeurs d’armes et à certaines compagnies. Mais les acteurs principaux, celui qui est devant le canon et celui qui est derrière, sont tous des africains.Désolation de la guerre

La solution ne peut que provenir de l’Afrique.

Par Konex

Rwanda : Géographie et histoire de la colonisation. Les origines d’un génocide

                

Les origines d’un génocide

Géographie et histoire de la colonisation au Rwanda

par Konex

Contexte géographique

Le Rwanda est un minuscule pays enclavé dans les collines d’un massif montagneux de la région des Grands-Lacs africains. Appelé le Pays des mille collines, le Rwanda est bordé au nord par une chaîne de volcans élevés (3500 à 4500 mètres). Il partage cette frontière avec l’Ouganda.  À  l’est les marais de l’Akagera séparent le Rwanda de la Tanzanie. Au sud-est les marais du Bugesera et au sud-ouest le massif forestier de Nyungwe, écrin de la source du Nil, délimitent la frontière avec le Burundi. À l’ouest l’immense et magnifique lac Kivu est partagé avec le Congo. La capitale, Kigali, est située à 1 400 mètres d’altitude et une grande partie du pays est au-dessus de ce niveau. Bien qu’étant situé juste sous l’équateur, du fait de l’altitude, le Rwanda possède un climat très agréable et des températures moyennes de 18 à 20 degrés, parfois moins dans certaines régions montagneuses. Le pays ne manque ni de pluies, ni d’eau.
Cette situation géographique d’enclavement a limité l’accès à cette région depuis le début du peuplement. Le Rwanda a été découvert il y a à peine cent ans par les Européens.

Le contexte ethnique avant l’arrivée des européens.

Des sociétés claniques, basées sur le lignage familiale et l’appartenance à une colline, constituaient la base de la société dans cette région et rayonnait en partie sur les territoires du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda et du Congo. Ces clans partageaient une langue bantou commune comportant des variantes de dialecte selon les régions.
Les premiers habitants de la région furent les Batwa. Ces chasseurs-cueilleurs sont associés aux pygmées et leur occupation du territoire remonte presque à la nuit des temps. Il y a environ 800 ans, des clans d’agriculteurs Bahutu en provenance du centre de l’Afrique ont débuté leur occupation du territoire. La pratique de l’agriculture oblige à une appropriation du territoire et à une sédentarisation. Quelques centaines d’années plus tard, des nomades Batutsi amènent leurs troupeaux de vaches et prennent leur place sur les collines.
Parmi les nomades Tutsis, certains clan ont développé une culture guerrière et adoptent une structure de monarchie qui s’apparente à celle des européens. Cependant, ces seigneurs dominent que sur des régions limitées. Dans l’ensemble de la région des Grands Lacs, Hutu et Tutsi s’entremêlent à travers des clans dans une certaine harmonie.
Traditionnellement, les mariages structures les clans. Les femmes servent de monnaie d’échange pour conclure les mariages et établit des partenariats entre les habitants des collines. Les hommes Tutsis et Hutus échangent leur fille contre des houes et des vaches. Cette pratique est courante. Le statut de la femme dans cette région de l’Afrique est presque celui d’un esclave. Les femmes portent les enfants, cultivent la terre, préparent les repas.

Le point de vue européen de la colonisation du Rwanda

En 1998, des pères blancs réussissent à pénétrer l'enclave de l'Urindi, au sud du Rwanda

En 1898, des pères blancs réussissent à pénétrer l'Urundi. Ce sont les premiers missionnaires à ne pas être massacrés par la population locale.

En 1885, la France et l’Angleterre ont pris possession presque de l’ensemble de l’Afrique d’où ils tirent d’innombrables richesses. Les Allemands développent à cette époque une formidable industrie de production mais manquent de ressources. Les Allemands cherchent alors de nouveaux territoires à exploiter et un officier est envoyé en mission. En 1894, le comte allemand Gustav Adolf von Götzen entre officiellement au Rwanda à la tête d’une troupe de 620 soldats. Le Rwanda est ainsi probablement le dernier pays découvert et colonisé en Afrique par les Européens. 

 

La création des frontières du Rwanda par les Européens

 

Les frontières du Rwanda sont tracées d’une façon arbitraire par les Européens et ne tiennent pas compte des réalités claniques sur le territoire. En effet, à la fin du 19e siècle, les frontières en Afrique sont dictées en fonction des intérêts des puissances impérialistes européennes. Ainsi, les réalités clanique, ethnique, économique, linguistique et politique de la région des Grands-Lacs, bâties sur  des siècles de relation et d’échanges, se voient fragmentées, déstabilisées, voir brisées et anéanties par les  nouvelles frontières. Le Rwanda et la région des Grands-Lacs sont tranquillement intégrés à un nouvel ordre mondial. La culture traditionnelle et ancestrales de l’Afrique fait place au modernisme et au progrès imposé par les européens. 
Au début du 20e siècle, l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne et la Russie ont des industries qui se font concurrence et ils ont besoin de ressources. Le nationalisme et l’impérialisme devient alors une justification pour entrer en guerre. En 1914, l’Europe devient un gigantesque champs de bataille et transporte son conflit sur les territoires coloniaux. En 1918, le conflit européen a fait 9 000 000 de morts en Europe. Des états ont profité de cette grande guerre pour effectuer des nettoyages ethniques. La Turquie procède au génocide d’un million d’Arméniens. De plus, 250 000 Assyriens et 350 000 Grecs Pontifs sont assassinés par l’empire Ottaman dans la cadre de politique d’épuration ethnique. Ces massacres aux portes de l’Europe sont toujours peu reconnus.
En 1916, les troupes Belges chassent les allemands de cette région de l’Afrique. En 1919, le Traité de Versailles attribue le Rwanda et le Congo à la Belgique et en 1924 la Société des Nations confie à la Belgique un mandat de tutelle. Le gouvernement colonial s’appuie sur les autorités locales en place, le Mwami Yuhi Musinga et l’aristocratie tutsi. C’est dans ce contexte que le Rwanda quitte sa culture traditionnelle presque millénaire pour être colonisé et éduqués par les Européens.   

 

L'officier allemand et les Pères blancs  sont les premiers Européens à pénétrer les Royaumes de l'urindi et Uranda

Conclusion 
Le contexte géographique d’enclavement du Rwanda a limité les échanges culturels pendant des siècles ce qui a permis aux habitants de la région de maintenir et de se satisfaire des structures claniques pour organiser la société.
L’arrivée soudaine des européens bouleverse la culture millénaire.  L’enclavement géographique, la petite superficie du pays et l’absence de structure hiérarchisée offre un terrain fertile aux nouvelles idéologies européennes.
L’Europe va éduquer et former les nouvelles élites du Rwanda. En 100 ans, le Rwanda passe de l’âge comparable au néolitique à celui des nouvelles technologies. Une transformation radicale en quelques générations qui occasionne une surpopulation, pauvreté, rêves, discours idéologique et lutte de pouvoir interne.  

 

Le camp militaire en Urindi en 1902, l'avant post de la colonisation européenne.

Le camp militaire en Urindi en 1902, l